A quelles fins les américains utilisent-ils Twitter ?

juillet 29, 2009

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La majorité des utilisateurs de Twitter aux US seraient motivés par le fait de rester en contact avec leurs amis et leurs proches. L’usage professionnel est plus répandu chez les utilisateurs les plus âgés (parmi la population active bien entendu).

Source: TNS, “Consumer Internet Barometer” (via emarketer).

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Réflexions sociologiques sur les usages de Facebook

juillet 16, 2009

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Voici quelques remarques et citations issues de l’excellent ouvrage Facebook Et moi ! Et moi ! Et moi ! à travers lequel la sociologue Nina Testut analyse les usages de la plateforme en nous plongeant dans la peau d’une multiplicité d’utilisateurs.

La démarche se veut micro-sociologique (avec une incontournable référence à Goffman puisqu’il s’agit entre autres d’étudier des stratégies de mise en scène de soi) et laisse une large place à la dimension subjective. Une mine d’insights !

Facebook comme « Terrain de Je » et scène du soi

Etre présent sur Facebook invite, voire oblige, les individus à un exercice réflexif : ces derniers doivent choisir, parmi une multiplicité de possibles, la façon avec laquelle ils vont se représenter, la stratégie de mise en scène qu’ils vont adopter.

Ce travail génère une courbe d’expérience. A mesure qu’ils confrontent, par une série d’essais-erreurs, l’image qu’ils souhaitent donner (leur Idéal du Moi en quelque sorte) et l’image qu’ils reflètent effectivement pour autrui, ces derniers acquièrent progressivement une compétence narrative propre à la plateforme.

« Facebook nous parle de notre identité, de nos identités, schizophrènes ou réconciliées. Facebook nous parle aussi du soi dévoilé de façon plus ou moins maîtrisée, de la gestion stratège de nos réserves d’informations. On se donne à voir tel que l’on est, tout cru, sans prétendre. On s’efforce à l’authenticité, à l’intégrité, à la transparence. Ou on se donne à voir glamourisé. Quel impératif de vérité après tout ? On défie les lois de l’autobiographie : je me donne à voir sur Facebook, je reçois le reflet de moi et sa validation par autrui. De la même façon on observe la vie des autres, et on se positionne par rapport à ces existences. Facebook est un support d’expression et de construction identitaire. Il est ma surface d’expérimentation du Je. »

Facebook comme dispositif d’objectivation des relations sociales

Selon l’auteur, le terme « friends » constitue un « holdup sémantique » en regroupant une multiplicité de relations hétérogènes. Si elles ne relèvent pas toute de la véritable amitié, ces dernières sont cependant loin d’être dénuées de valeur :

« J’admets en revanche que se mêlent ainsi dans mon profil des proches et des connaissances, des liens forts et des liens faibles, sachant que si ces derniers ne méritent pas ne méritent pas toujours l’appellation d’ami au sens que nous lui donnons personnellement, ces liens ont aussi d’autres fonctions. Les liens faibles sont notamment plus productifs, au sens de pourvoyeurs d’informations nouvelles, ils sont plus étendus, donc l’occasion d’une plus grande diversité. Les liens forts sont plus pauvres en potentiel social du fait de leur redondance, ces liens me ressemblent, je les connais bien, j’en sais les ressources. Mes liens faibles seront donc finalement plus rafraîchissants, voire source d’opportunités. Cela nous renvoyant à la finalité déclarée du réseau social : au-delà du heurt sémantique à propos de l’ami, il s’agit ici de fabriquer et d’accroître son capital social. Facebook c’est ça, l’objectivation de mon capital social, pris comme l’ensemble des ressources que je peux obtenir grâce à mes relations sociales. J’entretiens mon capital social, en tissant et en entretenant mes contacts, j’investis comme je le fais par ailleurs dans la vraie vie, peut-être ici à moindre coût, à coups de clic ? »

S’il contribue à objectiver mon identité personnelle, Facebook contribue également à objectiver mes relations sociales. Il rend publiques mes fréquentations, il rend explicite et visible une partie de la nature et de la qualité des relations que j’entretien avec mon réseau.

Facebook comme paradigmatique du changement de statut de l’intimité dans notre société

Loin d’engendrer une révolution au niveau des usages, Facebook illustre en la prolongeant une tendance de fond que les spécialistes des médias et de la téléréalité observent depuis plusieurs décennies.

Fille de l’individualisme, cette dernière opère un profond bouleversement sociologique en redéfinissant les frontières du public et du privé.

Facebook invite ses utilisateurs à préempter l’espace public comme une extension de l’égo.

En cela, le site témoigne d’un changement dans notre rapport à notre intimité que Serge Tisseron a analysé en forgeant le concept d’extimité.


Facebook, support du « continuous partial friendship » au service de l’individualisme

août 6, 2008

Mais à quoi peut bien servir Facebook ?

Question : à bien y réfléchir, Facebook s’apparente-t-il plus à un site comme MySpace ou à un site comme Delicious ?

J’entends déjà des voix gronder : « Béh non idiot, c’est un réseaux social, comme MySpace et Bebo, tu sais pas ça déjà ? »

– « Hmm, merci Roger… ».

En réalité, ma question ne visait pas la définition de la plateforme (ce que j’appellerais volontiers « voir les choses par le petit bout de la lorgnette »), mais plutôt ses usages. C’est là que les choses deviennent véritablement intéressantes.

Dans les faits, MySpace est utilisé, soit comme un blog, comme un journal intime, soit comme un outil permettant de rencontrer des personnes en affinité avec nos propres goûts, notamment musicaux. Facebook, quand à lui, laisse entrevoir des usages totalement différents.

Quand l’euphorie retombe

Une fois passée la fureur des débuts, l’euphorie retombe, et pour cause :

– vous avez déjà rentré dans vos contacts toutes les personnes avec qui vous avez été à l’école depuis la 3ème maternelle, tous les amis de vos amis que vous avez croisés au moins une fois, ainsi que les quelques filles (ou garçons) que vous avez essayé, avec un succès inégal, de « brancher »

– vous avez déjà testé de façon frénétique toutes les applications de vampire, de loup garou, et autres zombies et en avez profité pour spammer allègrement vos amis

– vous vous êtes déjà inscrit aux groupes les plus absurdes qu’il est possible de trouver et avez même contribué à la création de certains

Mais vous avez fini par vous lasser, et vos amis aussi. Désormais vous vous contentez pour l’essentiel de faire errer votre regard sur la page d’accueil du site, dans le même état de veille hébétée dans lequel vous avaient déjà plongé MSN ou votre boîte mail : vous montez la garde pour voir si quelqu’un pense ou a pensé à vous…

Dans leurs premières heures d’utilisation de Facebook, les internautes testent avec autant d’enchantement que de frénésie toutes les fonctionnalités de la plateforme, de la même façon qu’un enfant attrape tout objet sa portée et le met dans sa bouche pour explorer les limites de son corps : comme le disait McLuhan, les médias sont des extensions du corps, et Facebook n’échappe pas à la règle.

On teste les fonctionnalités pour les tester, la plus part du temps sous couvert de divers prétextes de sociabilité. Mais l’on découvre petit à petit que l’on n’a ni le besoin, ni l’envie, ni le temps de communiquer avec tous ces gens (ie. vos 235 « amis ») de façon intempestive.

Le deuxième effet kisscool : le continous partial friendship

Cela ne veut pas dire pour autant que la plateforme n’est d’aucun usage, et qu’elle n’est qu’un phénomène de mode voué à disparaître.

Tout comme le goût d’un vin ne se dévoile qu’à mesure du temps aux gens patients et avertis, son véritable usage, ou plutôt son sens, se révèle une fois que vous avez acquis une certaine maturité dans l’utilisation de la plateforme.

Vous vous servez toujours de Facebook, mais différemment et de façon plus sporadique. Facebook vous sert désormais à tagguer vos amis, comme vous tagguez les liens sur Delicious, pour les avoir sous la main. Vous vous sentez rassurés parce qu’ils sont constamment là, à côté de vous, rangés soigneusement et prêts à être convoqués dès que vous en éprouverez le besoin ou la fantaisie… Mais vous vous sentez également rassurés parce que le site vous en protège : ce dernier vous offre tous les outils nécessaires pour les mettre à distance afin qu’ils ne deviennent pas une nuisance.

L’individu (post)moderne a horreur de la promiscuité. C’est pour cela que son caractère individualiste s’accommode fort bien de technologies comme celle de Facebook.

Facebook est un site dit « communautaire », mais les pratiques sociales dont il est le support sont profondément individualistes. Il consacre le continous partial friendship, une sociabilité optionnelle et sur-mesure.