Tendance de communication : les Rube Goldberg Machines

juillet 4, 2010

Vous vous souvenez de la publicité Honda – The Cog qui avait marqué les esprits en 2003, et qui mettait en scène un mécanisme bizarre construit à partir de pièces détachées d’une Accord ?

Eh bien aujourd’hui on retrouve de plus en plus de publicités qui s’inspirent du même principe en mettant en scène des… machins… trucs… bidules un peu pareils… Enfin vous voyez-quoi ? Non ?

I – “Rube Goldberg machines” ? Kezako ?

A défaut de mot adéquat dans la langue française, il faut se tourner vers les expressions consacrées dans l’univers anglo-saxon.
On parle couramment de “Rube Goldberg machineou deHeath Robinson contraption”, en référence aux représentations de machines alambiquées pour lesquelles ces deux dessinateurs, respectivement américain et anglais, se sont fait connaître au siècle dernier.
Pour être plus précis, ces expressions désignent des machines ou des mécanismes exagérément complexes qui emploient une multitude de détours aussi tortueux qu’inutiles pour réaliser des tâches très simples.
On pourrait même dire, en quelque sorte, que ces machines absurdes sont à la technique ce que la l’administration Kafkaïenne est aux dispositifs sociaux-politiques.


On trouve aussi désormais, dans l’usage (cf. comme le confirme facilement une petite recherche sur YouTube), l’expression “Incredible Machine”, popularisée par l’émission japonaise du même nom, comme le rappelle Blogoergosum :

II – Un mème publicitaire

Force est de constater que, ces derniers temps, la postérité des Rube Goldberg Machines semble s’être notablement accrue dans l’univers publicitaire, comme l’illustrent les exemples suivants.

Google Chrome – Fast Ball


(Vu chez Blogoergosum)

OK Go – This Too Shall Pass

Vodaphone – Smartphone Domino Machine

SHIRO Cheers System


(vu chez Fouablog)

III – Par quels leviers cherche-t-on à susciter l’adhésion du public ?

– un pied de nez à l’univers de la techno-science et de la raison instrumentale

Ces dispositifs détournent la machine de sa dimension fonctionnelle et de sa vocation à l’efficacité     pour mettre l’accent sur sa dimension esthétique (au sens large).

On peut dès lors y voir une forme de réaction à un monde dominé par la technique et la recherche de la performance.

Ces engins inutiles et aberrants, créés juste pour la beauté du geste dans un élan quasi-onaniste, constituent une forme de revanche de l’homme sur la machine.

– le reflet d’aspirations ludiques et régressives

Les RGM sont une source de plaisir et d’émerveillement pour les petits comme pour les grands. Elles réenchantent les consommateurs en leur procurant un pur moment de fun.

On notera que leur développement est tout à fait significatif à une époque caractérisée par le règne sans partage de l’hédonisme, le développement de l’hyperréalité et l’infiltration progressive du ludique dans toutes les sphères de la vie.

Elles de la connivence par la régression, en activant le levier de la nostalgie, notamment grâce à leur dimension home made / DYI, réveillant ainsi les Géo Trouvetout et les MacGyver qui sommeillent en chacun de nous depuis notre enfance.

– une performance artistique

Enfin, il s’agit d’engager l’audience grâce à une performance “artistique” qui se présente comme un défi lancé à l’ingéniosité et la créativité de ses auteurs et qui vise le plus souvent à produire un effet spectaculaire (du type ““incroyable-mais-vrai”).

A ce titre elle est très proche des célèbres concours de dominos. (lien)
Pour être réussie, elle doit :

– retarder le plus longtemps possible son dénouement

– trouver les mécanismes et les objets les plus tordus, les plus absurdes, les plus originaux et les plus drôles possibles

IV – Quels bénéfices pour la communication ?

Les 3 dimensions évoquées plus haut contribuent chacune à renforcer la pertinence (au sens de Dan Sperber) des contenus publicitaires, autrement dit leur potentiel viral.

Ils concourent en particulier à :
– attirer l’attention
– générer de la complicité
– donner envie aux consommateurs de partager ces contenus

Publicités

« C’était les années 2000 » : les années 2000 vues par Technikart

décembre 3, 2009

Le mois dernier, Technikart a consacré un dossier spécial aux années 2000.
L’exercice est plutôt intéressant tant il est vrai qu’il est difficile de prendre du recul face à une décennie que l’on n’a pas encore quittée.
Voici quelques bribes de « 00’s » glanées ça et là dans le numéro en question…


Révolution technologique

– la démocratisation conquérante de l’Internet et des médias digitaux : le blogging, le haut débit, le web2.0, les outils collaboratifs, Facebook et les réseaux sociaux…

– une révolution technologique qui s’accompagne par la réhabilitation puis la valorisation d’un sociostyle : le geek.

Divertissement

– Les années 2000 sont marquées par une diversification des divertissements et un bousculement de leur hiérarchie traditionnelle.

– Le triomphe des séries, devenues progressivement « mieux que le cinéma » : Lost, 24, The Office, etc.

– Le triomphe des films d’animation et de la 3D, et en particulier, celui de Pixar.

– Le triomphe des jeux vidéo. La démocratisation du jeu vidéo d’un côté, avec le casual gaming et les efforts remarqués de Nintendo dans le domaine. Le développement des superpoductions spectaculaires d’un autre côté, avec les blockbusters « mieux que le cinéma » tels que  « Modern Warfare 2 », et des MMOG, tels que World of Warcraft.

– Outre les contenus consommés, la façon de les consommer et de les commercialiser a aussi profondément changé suite au développement du mp3, du divix, du streaming, du peer-to-peer et du piratage…

– au niveau musical, la décennie se distingue des précédentes par l’absence de nouveau grand style, celle-ci donnant davantage dans l’exploration des métissages ente les styles existants. On note aussi le retour du rock, les bébés rockeurs, la tecktonik, et les DJs FM (Guetta, Sinclar, Solveig)…

– Les années 2000, c’est aussi la tv réalité, le poker, le stand-up…

Société et politique

– l’arrivée de l’euro.

– la décennie des catastrophes, qu’elles soient climatiques (ouragans, tsunamis, canicules…) ou humaines et en particulier terroristes (11 septembre, etc.).

– la monté des préocccupations environnementales tant dans le monde de l’entreprise et dans la sphère politique qu’au niveau du grand public… et leur contrepartie : le greenwashing. Progression du bio, du développement durable, du commerce équitable…

– Barack Obama

– l’institutionnalisation et la systématisation du storytelling (marketing, politique, management…)

– le déclin du parti socialiste

– l’altermondialisme

– le développement du coaching dans toutes les sphères de la vie

– la multiplication des atteintes à la liberté (vidéo surveillance, Patriot Act, Edvige…)

Looks
– Fluokid, geek , nerd, émo, bobo, kawai, baby rockeur…


FOREVERISM : une nouvelle tendance au parfum héraclitéen par Trendwatching

juin 10, 2009

FOREVERISM , selon Trendwatching, désigne un nouveau rapport au temps qui émerge aux marges de notre très actuelle et toute puissante passion pour le présent, l’instant et l’éphémère. Un rapport au temps qui substitue à une pensée des essences une pensée du devenir, voire mieux : une pensée en devenir.

Conséquence de l’hyperconnexion ambiante et de la multiplication des effets de feedback, FOREVERISM réhabilité la notion de durée en lui associant celle d’évolution perpétuelle : notre époque serait de plus en plus tissée de processus infinis, ou plutôt de durées indéfinies, à l’image de cette fameuse « conversation », sorte de continuum sans véritable commencement ou de fin identifiables, qui en constitue le paradigme le plus éloquent.

Il est de moins en moins possible de se déconnecter, de se perdre de vue, ou de dire stop.

Notre monde est  également un monde de réalités en sursis, où rien n’est jamais définitif, et qui laisse se profiler à l’horizon une dictature du work in progress.

Dans un tel contexte ne survivrons que ceux qui adoptent la « Beta attitude », une mentalité adaptée à de nouvelles exigences : ne jamais rien tenir pour acquis, écouter, se remettre en question, adapter constamment son offre et son discours, remplacer systématiquement, dans son vocabulaire, le mot « parfait » par le mot « perfectible ».