Méditer sur le sens des mots avec Ludwig Wittgenstein et ses jeux de langage

Une grande part de l’échec des communications interpersonnelles, de l’incompréhension entre les individus et de notre perplexité face aux problèmes du sens, c’est-à-dire face aux problèmes philosophiques, a pour origine un malentendu sur le langage.

Trop souvent nous nous laissons égarer par la confiance sans borne que nous vouons au langage. Trop souvent nous lui faisons outrepasser son pouvoir. Ce dernier tourne alors à vide, il se désolidarise à la fois du monde qu’il est censé décrire et de la pensée dont il est censé être le véhicule privilégié.

Ce malentendu a pour source une conception erronée du langage qui en induit une utilisation inappropriée. Il a pour source en particulier cette croyance répandue selon laquelle il existe nécessairement une réalité derrière chacun des mots que nous employons : « Nous avons affaire à l’une des grandes sources de l’égarement philosophique : un substantif nous pousse à chercher une chose qui lui corresponde » (p35).

Mais voilà : je ne peux pas décemment traiter des mots comme « Dieu », « justice », « temps », « l’infini », ou « je » de la même façon que des mots comme « table », « chaise », « clou ».

Le sens, nous indique Ludwig Wittgenstein, dans Le Cahier Bleu (1934), n’est pas une image mentale associée aux mots qui existerait en soi ou préexisterait à l’acte de la parole : « Ne nous imaginons pas que le sens est un lien occulte que l’esprit établit entre un mot et une chose, et que ce lien contient l’usage tout entier du mot, comme on pourrait dire que la graine contient l’arbre » (p133).

Le sens est avant tout un usage, une utilisation particulière des règles et des conventions dont est constitué le langage que nous faisons dans le contexte d’une activité sociale : « L’utilisation du mot dans la pratique est son sens (p127).

Ainsi, comprendre que le langage est un outil que nous utilisons pour réaliser une multiplicité de tâches hétérogènes dans notre vie quotidienne nous aide à nous prémunir contre les pièges qu’il nous tend.

« Le mot « je » ne veut pas dire la même chose que « L.W. » [Ludwig Wittgenstein], même si je suis L.W, pas plus que cela ne veut dire la même chose que l’expression « la personne qui est en train de parler ». Mais cela ne veut pas dire que « L.W. » et « je » veulent dire deux choses différentes. Tout ce que cela veut dire, c’est que ces mots sont des instruments différents de notre langage.

Pensez aux mots comme à des instruments caractérisés par leur utilisation, et pensez ensuite à l’utilisation d’un marteau, d’un ciseau, d’une équerre, d’un pot de colle et de la colle. (De plus, tout ce que nous disons ici ne peut être compris que si on comprend qu’on joue à toutes sortes de jeux avec les phrases de notre langage : donner des ordres et y obéir ; poser des questions et y répondre ; décrire un évènement ; inventer une histoire ; raconter une blague ; décrire une expérience immédiate ; faire des conjectures sur des évènements du monde physique ; faire des hypothèses et des théories scientifiques ; saluer quelqu’un ; etc., etc.). » (p126).

La seule attitude adéquate vis-à-vis du langage est donc le pragmatisme : on ne peut juger un mot ou une idée qu’à l’aune de ce qu’il permet ou non de faire. Voilà le seul moyen de se débarrasser des trop fréquentes et infructueuses querelles terminologiques dans lesquelles les mots prennent le pas sur les idées.

Il importe donc aux communicants, en tant que spécialistes du langage, de s’interroger sur leurs pratiques. Quel est le sens, ou plutôt à quoi servent des mots tels que « Métrosexuel », « Métropolitain » ou « hyperconsommateur » ? Quelle est leur grammaire au sens de Wittgenstein ? Quelle légitimité peut-il y avoir à énoncer de grandes généralités sur « les jeunes », « les marques », « les consommateurs », « les séniors » ?

Mieux : sur quelle base comparer des opérations de communication qui se proposent des objectifs différents (notoriété, image, promotion, fidélisation) ? Dans quelle mesure peut-on dire qu’elles participent ou pas des mêmes principes ?

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