Le(s) mythe(s) du Moi vu par Erving Goffman

Voici un extrait des Cadres de l’expérience d’Erving Goffman qui nous invite à remettre en question nos croyances invétérées en notre « bon vieux moi », comme dirait Nietszche.

Tout comme il y a, chez lui, toujours un masque derrière le masque, ainsi qu’une autre caverne derrière la précédente, Goffman attire notre attention sur le fait que l’auteur que l’on croît apercevoir en filigrane derrière chaque représentation est aussi construit et fictif que son narrateur et ses personnages.

N’en déplaise aux grands naïfs, le moi n’a rien d’une essence, malgré ce que suggère parfois la distance que prennent les acteurs (sociaux) avec leurs rôles respectifs…

«  Cette distance entre la personne et le rôle, cet interstice par où le soi vient jeter un coup d’œil furtif, cette touche d’humanité ne dépend pas plus de ce qui est extérieur à la situation que le rôle.

Nous ne nous préoccupons jamais vraiment de ce qu’est « réellement » un participant et, même si nous pouvions le savoir, il est probable que nous ne nous y intéresserions guère. Ce qui nous préoccupe, c’est l’impression qu’il nous donne d’être une certaine personne derrière le rôle qu’il tient. Ce qui nous intéresse, pour reprendre les termes de Gibson, c’est le poète et non celui qui décide d’écrire des sonnets. C’est l’auteur et non l’écrivain. C’est ce que son comportement génère à différents niveaux.

Ce que nous y glanons renvoie certes à un soi au-delà de la situation, mais un soi qui fluctue à chaque nouvelle situation […] Mais il n’y a aucune raison de penser que ces bouts de soi qu’on offre à autrui, ces petites révélations à propos de ce que nous sommes sur d’autres scènes ont quoi que ce soit en commun.

Nos impressions nous conduisent certes à dire qu’il y a quelque chose à l’extérieur de la situation et qu’on retrouvera sans doute avec d’autres impressions, mais on ne peut dire qu’elles convergent sur un point, alors que c’est précisément leur caractéristique majeure d’apparaître comme convergeant toutes sur un même point.

Faire une remarque choquante, ironique, étudiée ou pleine de finesse, ce n’est pas révéler ou dissimuler ce qu’on est vraiment : une remarque (ou un roman) ne peut rien faire de tel. C’est conforter l’impression qu’il y a en nous un personnage, un poète ou un auteur qui possède ces qualités. »

Erving Goffman – Les cadres de l’expérience, (p291)

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