Facebook, support du « continuous partial friendship » au service de l’individualisme

Mais à quoi peut bien servir Facebook ?

Question : à bien y réfléchir, Facebook s’apparente-t-il plus à un site comme MySpace ou à un site comme Delicious ?

J’entends déjà des voix gronder : « Béh non idiot, c’est un réseaux social, comme MySpace et Bebo, tu sais pas ça déjà ? »

– « Hmm, merci Roger… ».

En réalité, ma question ne visait pas la définition de la plateforme (ce que j’appellerais volontiers « voir les choses par le petit bout de la lorgnette »), mais plutôt ses usages. C’est là que les choses deviennent véritablement intéressantes.

Dans les faits, MySpace est utilisé, soit comme un blog, comme un journal intime, soit comme un outil permettant de rencontrer des personnes en affinité avec nos propres goûts, notamment musicaux. Facebook, quand à lui, laisse entrevoir des usages totalement différents.

Quand l’euphorie retombe

Une fois passée la fureur des débuts, l’euphorie retombe, et pour cause :

– vous avez déjà rentré dans vos contacts toutes les personnes avec qui vous avez été à l’école depuis la 3ème maternelle, tous les amis de vos amis que vous avez croisés au moins une fois, ainsi que les quelques filles (ou garçons) que vous avez essayé, avec un succès inégal, de « brancher »

– vous avez déjà testé de façon frénétique toutes les applications de vampire, de loup garou, et autres zombies et en avez profité pour spammer allègrement vos amis

– vous vous êtes déjà inscrit aux groupes les plus absurdes qu’il est possible de trouver et avez même contribué à la création de certains

Mais vous avez fini par vous lasser, et vos amis aussi. Désormais vous vous contentez pour l’essentiel de faire errer votre regard sur la page d’accueil du site, dans le même état de veille hébétée dans lequel vous avaient déjà plongé MSN ou votre boîte mail : vous montez la garde pour voir si quelqu’un pense ou a pensé à vous…

Dans leurs premières heures d’utilisation de Facebook, les internautes testent avec autant d’enchantement que de frénésie toutes les fonctionnalités de la plateforme, de la même façon qu’un enfant attrape tout objet sa portée et le met dans sa bouche pour explorer les limites de son corps : comme le disait McLuhan, les médias sont des extensions du corps, et Facebook n’échappe pas à la règle.

On teste les fonctionnalités pour les tester, la plus part du temps sous couvert de divers prétextes de sociabilité. Mais l’on découvre petit à petit que l’on n’a ni le besoin, ni l’envie, ni le temps de communiquer avec tous ces gens (ie. vos 235 « amis ») de façon intempestive.

Le deuxième effet kisscool : le continous partial friendship

Cela ne veut pas dire pour autant que la plateforme n’est d’aucun usage, et qu’elle n’est qu’un phénomène de mode voué à disparaître.

Tout comme le goût d’un vin ne se dévoile qu’à mesure du temps aux gens patients et avertis, son véritable usage, ou plutôt son sens, se révèle une fois que vous avez acquis une certaine maturité dans l’utilisation de la plateforme.

Vous vous servez toujours de Facebook, mais différemment et de façon plus sporadique. Facebook vous sert désormais à tagguer vos amis, comme vous tagguez les liens sur Delicious, pour les avoir sous la main. Vous vous sentez rassurés parce qu’ils sont constamment là, à côté de vous, rangés soigneusement et prêts à être convoqués dès que vous en éprouverez le besoin ou la fantaisie… Mais vous vous sentez également rassurés parce que le site vous en protège : ce dernier vous offre tous les outils nécessaires pour les mettre à distance afin qu’ils ne deviennent pas une nuisance.

L’individu (post)moderne a horreur de la promiscuité. C’est pour cela que son caractère individualiste s’accommode fort bien de technologies comme celle de Facebook.

Facebook est un site dit « communautaire », mais les pratiques sociales dont il est le support sont profondément individualistes. Il consacre le continous partial friendship, une sociabilité optionnelle et sur-mesure.

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