Mythe et mythologies chez Roland Bartes

Un post un peu scolaire dédicacé à mon ami Mythologik.

Le mythe est un mode de signification qui se définit par une forme et une fonction.

Le mythe comme forme

Le mythe est tout d’abord une forme d’expression particulière : « Le mythe ne se définit pas par l’objet de son message, mais par la façon dont il le profère : il y a des limites formelles au mythe, il n’y en a pas de substantielles ». (p181)

Tel un parasite, il détourne des signes existants et en déforme la signification afin d’en faire les signifiants de nouveaux concepts qu’ils ne contiennent pas a priori. Les signes deviennent des « valant pour », des équivalents qui, grâce à un principe d’analogie, expriment de nouvelles idées. Ainsi, par exemple, le simple évènement que constitue la prise de la Bastille, devient le signifiant de concepts beaucoup plus larges comme la Révolution Française, ou encore l’idée de République.

A ce titre, le mythe est ambigu, car il se prête à une double lecture. Cette ambiguïté est la source de son efficacité sociale, car elle l’innocente en lui permettant de ne pas se présenter explicitement pour ce qu’il est :

– « L’appropriation du concept se retrouve tout d’un coup éloigné par la littéralité du sens » (p188).

– « Le mythe est une valeur, il n’a pas la vérité pour sanction : rien ne l’empêche d’être un alibi perpétuel : il lui suffit que son signifiant ait deux faces pour disposer toujours d’un ailleurs : le sens est toujours là pour présenter la forme, la forme est toujours là pour distancer le sens » (p 196).

Le mythe comme fonction :

Sous l’apparence inoffensive de son sens littéral, le mythe véhicule en réalité une charge axiologique et idéologique : « Le mythe est lu comme système factuel alors qu’il n’est qu’un système sémiologique » (p204). Il constitue l’expression et la légitimation de la vision du monde d’un groupe social.

Le mythe dépossède des états de fait sociaux de leur caractère historique et contingent afin de les faire passer pour des nécessités naturelles : « le mythe est constitué par la déperdition de la qualité historique des choses : les choses perdent en lui le souvenir de leur fabrication. Le monde entre dans le langage comme un rapport dialectique d’activités, d’actes humains : il sort du mythe comme un tableau harmonieux d’essences » (p 216).

Le mythe est donc conservateur par essence. Il vise à immobiliser le monde, tout comme la représentation du Cosmos, véhiculée jadis par les mythes grecs, assignait à chacun sa place dans l’ordre des choses : « Car la fin même des mythes, c’est d’immobiliser le monde : il faut que les mythes suggèrent et miment une économie universelle qui a fixé une fois pour toutes la hiérarchie des possessions » (P229).

Pour en savoir plus : Mythologies, Roland Barthes

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :