Réflexions sociologiques sur les usages de Facebook

juillet 16, 2009

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Voici quelques remarques et citations issues de l’excellent ouvrage Facebook Et moi ! Et moi ! Et moi ! à travers lequel la sociologue Nina Testut analyse les usages de la plateforme en nous plongeant dans la peau d’une multiplicité d’utilisateurs.

La démarche se veut micro-sociologique (avec une incontournable référence à Goffman puisqu’il s’agit entre autres d’étudier des stratégies de mise en scène de soi) et laisse une large place à la dimension subjective. Une mine d’insights !

Facebook comme « Terrain de Je » et scène du soi

Etre présent sur Facebook invite, voire oblige, les individus à un exercice réflexif : ces derniers doivent choisir, parmi une multiplicité de possibles, la façon avec laquelle ils vont se représenter, la stratégie de mise en scène qu’ils vont adopter.

Ce travail génère une courbe d’expérience. A mesure qu’ils confrontent, par une série d’essais-erreurs, l’image qu’ils souhaitent donner (leur Idéal du Moi en quelque sorte) et l’image qu’ils reflètent effectivement pour autrui, ces derniers acquièrent progressivement une compétence narrative propre à la plateforme.

« Facebook nous parle de notre identité, de nos identités, schizophrènes ou réconciliées. Facebook nous parle aussi du soi dévoilé de façon plus ou moins maîtrisée, de la gestion stratège de nos réserves d’informations. On se donne à voir tel que l’on est, tout cru, sans prétendre. On s’efforce à l’authenticité, à l’intégrité, à la transparence. Ou on se donne à voir glamourisé. Quel impératif de vérité après tout ? On défie les lois de l’autobiographie : je me donne à voir sur Facebook, je reçois le reflet de moi et sa validation par autrui. De la même façon on observe la vie des autres, et on se positionne par rapport à ces existences. Facebook est un support d’expression et de construction identitaire. Il est ma surface d’expérimentation du Je. »

Facebook comme dispositif d’objectivation des relations sociales

Selon l’auteur, le terme « friends » constitue un « holdup sémantique » en regroupant une multiplicité de relations hétérogènes. Si elles ne relèvent pas toute de la véritable amitié, ces dernières sont cependant loin d’être dénuées de valeur :

« J’admets en revanche que se mêlent ainsi dans mon profil des proches et des connaissances, des liens forts et des liens faibles, sachant que si ces derniers ne méritent pas ne méritent pas toujours l’appellation d’ami au sens que nous lui donnons personnellement, ces liens ont aussi d’autres fonctions. Les liens faibles sont notamment plus productifs, au sens de pourvoyeurs d’informations nouvelles, ils sont plus étendus, donc l’occasion d’une plus grande diversité. Les liens forts sont plus pauvres en potentiel social du fait de leur redondance, ces liens me ressemblent, je les connais bien, j’en sais les ressources. Mes liens faibles seront donc finalement plus rafraîchissants, voire source d’opportunités. Cela nous renvoyant à la finalité déclarée du réseau social : au-delà du heurt sémantique à propos de l’ami, il s’agit ici de fabriquer et d’accroître son capital social. Facebook c’est ça, l’objectivation de mon capital social, pris comme l’ensemble des ressources que je peux obtenir grâce à mes relations sociales. J’entretiens mon capital social, en tissant et en entretenant mes contacts, j’investis comme je le fais par ailleurs dans la vraie vie, peut-être ici à moindre coût, à coups de clic ? »

S’il contribue à objectiver mon identité personnelle, Facebook contribue également à objectiver mes relations sociales. Il rend publiques mes fréquentations, il rend explicite et visible une partie de la nature et de la qualité des relations que j’entretien avec mon réseau.

Facebook comme paradigmatique du changement de statut de l’intimité dans notre société

Loin d’engendrer une révolution au niveau des usages, Facebook illustre en la prolongeant une tendance de fond que les spécialistes des médias et de la téléréalité observent depuis plusieurs décennies.

Fille de l’individualisme, cette dernière opère un profond bouleversement sociologique en redéfinissant les frontières du public et du privé.

Facebook invite ses utilisateurs à préempter l’espace public comme une extension de l’égo.

En cela, le site témoigne d’un changement dans notre rapport à notre intimité que Serge Tisseron a analysé en forgeant le concept d’extimité.


Zingr : une application brandée qui donne une saveur sociale aux contenus web

mai 14, 2009

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Pour promouvoir les sauces et mayos Miracle Whip, AKQA vient de lancer Zingr, un pluggin de navigateur qui permet à ses utilisateurs de commenter les contenus web qu’ils consultent et de partager ces commentaires directement avec leurs amis sur Facebook.

Les internautes peuvent ainsi donner une saveur toute personnelle aux pages qu’ils visionnent : « add your own flavor to the web ».

L’interopérabilité qui soutient l’application est permise par Facebook Connect, et les utilisateurs peuvent également, s’ils le souhaitent, envoyer leurs commentaires à leurs followers sur Twitter.


Quelques chiffres intéressants sur l’impressionnante croissance de Facebook dans le monde

mars 25, 2009

Skittles crée l’évènement en « s’abandonnant aux internautes » sur les médias sociaux

mars 5, 2009

La marque de confiserie Skittles vient de lancer une initiative étonnante sur les médias sociaux qui suscite actuellement une polémique chez les communicants et les observateurs du paysage digital.

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Elle a remplacé récemment la homepage de son site par une page Twitter qui agrégeait, sans modération, l’ensemble des twitts mentionnant la marque. Suite au déferlement de messages à caractère offensant, elle remplacé la page Twitter par une page Facebook plus inoffensive, puis par une page Wikipedia.

Aujourd’hui le site et son contenu se résument à peu de choses près à la somme des présences de la marque sur les médias sociaux : une fenêtre permet d’accéder rapidement aux contenus de Skittles sur Twitter, Facebook, YouTube, ou encore Flick’r.

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L’initiative rappelle lointainement la plateforme Jeep Experience, mais sans ses principes d’animation des communautés et sa dimension pérenne. La marque se veut effacée, voire transparente, comme pour mieux signifier qu’elle compte donner le pouvoir aux internautes.

Mais voilà bien le problème : comment faire la part des choses entre opportunisme démagogique et innovation pertinente ? La marque Skittles vient-elle de nous gratifier d’une campagne marketing réellement efficace ou juste de succomber, par effet de mode, aux mythes et aux clichés véhiculés par l’imaginaire des médias sociaux ?

Les spécialistes s’interrogent sur l’intérêt de l’initiative et semblent partagés. Les 600 000 fans de la page Facebook Skittles et le buzz généré par ce coup ne suffisent pas à les tirer de leur perplexité.

Toutefois, nombre d’entre eux reconnaissent qu’elle constitue une forme de tournant dans la relation des marques aux médias sociaux.

Qu’en pensez-vous ?


Tracker les pages Facebook les plus populaires grâce à AllFacebook

janvier 29, 2009

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Le blog AllFacebook propose un outil pour connaître les pages Facebook les plus populaires et leur nombre de membres. La première du classement est sans surprise celle de Barack Obama.

Parmi les 15 premières, 3 sont liées au chocolat, dont 2 à des marques du groupe Ferrero. La page Nutella arrive même 4ème du classement  avec 2 164 380 membres.

Compte tenu du potentiel de ces marques à mobiliser des fans, pas étonnant que le groupe adopte une attitude de plus en plus ouverte à l’égard du web communautaire :

http://www.nutellaville.it/

http://www.allezonbouge.net/


Facebook, premier réseau social du monde, compte deux fois plus de visiteurs que MySpace

janvier 23, 2009

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En Décembre 2008, Facebook comptait 222 millions de visiteurs dans le monde selon ComScore, soit 22% de l’audience globale d’internet et 100 000 visiteurs de plus que MySpace.

Toutefois, MySpace domine encore aux US où il bénéficie de son antériorité sur le marché.

Source : Techcrunch


Quelques chiffres sur le partenariat CNN / Facebook pour l’investiture d’Obama

janvier 23, 2009

Après le New York Times, c’est à CNN de faire un carton sur Facebook en surfant sur la vague Obama (source CBNews):
- plus d’1.5 million de statuts mis à jour à travers la plateforme CNN/Facebook.
- une moyenne de 4 000 statuts mis à jour chaque minute pendant la diffusion
- 8 500 mises à jour de statuts pendant la minute où Obama a commencé son discours.
- la page Facebook d’Obama compte près de 4 millions de fans et plus de 500 000 messages
- des millions de personnes se sont connectées au site pendant la diffusion.

Obama semble redonner une raison d’être à ces titres en réhabilitant (momentanément) une sphère politique dont les consommateurs,  de plus en plus persuadés que le sort du monde se règles dans d’autres arènes, se désintéressaient.

Notes pour moi-même :

- dans quelle mesure cette utilisation “citoyenne” des médias sociaux reflète-t-elle une spécificité culturelle américaine (VS notre culture français ultra centralisée) ?

=> penser à relire les excellentes pages de l’Imaginaire d’Internet de Patrice Flichy où ce dernier explique comment l’imaginaire politique américain des communautés locales a contribué à façonner l’Internet des années 80/90’s, notamment à travers la culture des newsgroups.


New York Times engage la conversation avec les internautes sur Facebook : quand on veut on peut…

décembre 2, 2008

Opportunisme ou réactivité ? Le NYT, en bon journal d’actualité, a recouru à Facebook pour engager la conversation avec les internautes sur Facebook en surfant sur la vague d’oba-mania qui a entouré les élections présidentielles.

Les objectifs :

- Augmenter le nombre de fans sur FB.

- Augmenter la notoriété de NYTimes.com.

- Engager la communauté Facebook en l’invitant à converser sur les enjeux de l’élection.

Le dispositif :

- Le journal a invité les internautes à répondre à la question : « Selon vous, quelle doit être la première action d’Obama en tant que président ? ».

- Les internautes pouvaient également s’envoyer des vitual gifts brandés NYT à l’effigie d’Obama.

- Le journal a acheté de l’espace publicitaire sur la page d’accueil de Facebook et y a diffusé une vidéo d’Obama.

Les résultats :

- Plus de 400,000 personnes se sont envoyé les gifts.

- Le nombre de fans du New York Times sur FB est passé de 49 000 à 183 913.

- La vidéo a été vue par 68 millions d’utilisateurs et a été commentée par plus de 34,000 personnes.

La morale :

- si l’on est en droit d’être sceptique quant à l’efficacité de Facebook comme média publicitaire, l’expérience prouve qu’avec un peu d’intelligence et de pertinence il peut être utilisé avec succès.

- on engage plus facilement les internautes en s’appuyant sur les sujets qui les intéressent déjà (et sur leurs pratiques effectives) plutôt qu’en essayant de les intéresser coûte que coûte à la marque de façon “ex-nihilo”.

- Evidemment, ça va de soi, mais les marques l’oublient encore trop souvent : pas de succès sans conversation !

Si ce cas attire notre attention sur la dimension intrinsèquement sociale de la politique et sur son pouvoir “conversatio-gène” (mille execuses pour cet affreux néologisme), il faut avouer que nous sommes ici confrontés à un cas particulièrement rare.

En effet, comme le soulignait le philosophe André Glucksmann dans un récent article pour un grand quotidien, Obama suscite des taux d’adhésion que dans d’autres circonstances on n’hésiterait pas à trouver suspects (surtout quand on sort des Etats Unis).

On est bien loin des contre-performances et des dissensions moyennes de la politique ordinaire, n’en déplaise aux éléphants du PS…

Si ce genre d’opération s’avère difficilement reproductible en France, en l’état du moins, elle a néanmoins le mérite de suggérer un nouveau type de rôle pour les quotidiens à l’ère numérique : le rôle d’un catalyseur chargé de (r)animer le débat publique et de réveiller des foules apathiques.


Peggy Mail : envoyer du courrier “dans la vraie vie” à partir de Facebook

novembre 14, 2008

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Après les fleurs et les confiseries, vous pouvez désormais envoyer de “vraies lettres” dans la “vraie vie ” à partie de Facebook, grâce au service Peggy Mail.

Présenté comme un service destiné en quelque sorte à pallier la fracture numérique en vous permettant de communiquer facilement avec ceux de vos proches qui ont raté le train du tout numérique et des réseaux sociaux, Peggy Mail constitue une confirmation supplémentaire de cette croissante porosité entre le online et le offline (ou entre le réel et le virtuel si vous préférez) qualifiée par le site Trendwatching de tendance on-off.

Envoyer de vrais courrier par le net était déjà possible. On remarquera cependant ici une nouvelle façon de positionner et de brander le service qui prend en compte le raz de marrée de réseaux sociaux… ainsi que les effets d’isolement qui lui sont corrélés.

A voir sur : http://www.sendwithpeggy.com

Source : http://www.springwise.com/life_hacks/snail_mail_application_for_fac/


Facebook, support du « continuous partial friendship » au service de l’individualisme

août 6, 2008

Mais à quoi peut bien servir Facebook ?

Question : à bien y réfléchir, Facebook s’apparente-t-il plus à un site comme MySpace ou à un site comme Delicious ?

J’entends déjà des voix gronder : « Béh non idiot, c’est un réseaux social, comme MySpace et Bebo, tu sais pas ça déjà ? »

- “Hmm, merci Roger…”.

En réalité, ma question ne visait pas la définition de la plateforme (ce que j’appellerais volontiers « voir les choses par le petit bout de la lorgnette »), mais plutôt ses usages. C’est là que les choses deviennent véritablement intéressantes.

Dans les faits, MySpace est utilisé, soit comme un blog, comme un journal intime, soit comme un outil permettant de rencontrer des personnes en affinité avec nos propres goûts, notamment musicaux. Facebook, quand à lui, laisse entrevoir des usages totalement différents.

Quand l’euphorie retombe

Une fois passée la fureur des débuts, l’euphorie retombe, et pour cause :

- vous avez déjà rentré dans vos contacts toutes les personnes avec qui vous avez été à l’école depuis la 3ème maternelle, tous les amis de vos amis que vous avez croisés au moins une fois, ainsi que les quelques filles (ou garçons) que vous avez essayé, avec un succès inégal, de « brancher »

- vous avez déjà testé de façon frénétique toutes les applications de vampire, de loup garou, et autres zombies et en avez profité pour spammer allègrement vos amis

- vous vous êtes déjà inscrit aux groupes les plus absurdes qu’il est possible de trouver et avez même contribué à la création de certains

Mais vous avez fini par vous lasser, et vos amis aussi. Désormais vous vous contentez pour l’essentiel de faire errer votre regard sur la page d’accueil du site, dans le même état de veille hébétée dans lequel vous avaient déjà plongé MSN ou votre boîte mail : vous montez la garde pour voir si quelqu’un pense ou a pensé à vous…

Dans leurs premières heures d’utilisation de Facebook, les internautes testent avec autant d’enchantement que de frénésie toutes les fonctionnalités de la plateforme, de la même façon qu’un enfant attrape tout objet sa portée et le met dans sa bouche pour explorer les limites de son corps : comme le disait McLuhan, les médias sont des extensions du corps, et Facebook n’échappe pas à la règle.

On teste les fonctionnalités pour les tester, la plus part du temps sous couvert de divers prétextes de sociabilité. Mais l’on découvre petit à petit que l’on n’a ni le besoin, ni l’envie, ni le temps de communiquer avec tous ces gens (ie. vos 235 « amis ») de façon intempestive.

Le deuxième effet kisscool : le continous partial friendship

Cela ne veut pas dire pour autant que la plateforme n’est d’aucun usage, et qu’elle n’est qu’un phénomène de mode voué à disparaître.

Tout comme le goût d’un vin ne se dévoile qu’à mesure du temps aux gens patients et avertis, son véritable usage, ou plutôt son sens, se révèle une fois que vous avez acquis une certaine maturité dans l’utilisation de la plateforme.

Vous vous servez toujours de Facebook, mais différemment et de façon plus sporadique. Facebook vous sert désormais à tagguer vos amis, comme vous tagguez les liens sur Delicious, pour les avoir sous la main. Vous vous sentez rassurés parce qu’ils sont constamment là, à côté de vous, rangés soigneusement et prêts à être convoqués dès que vous en éprouverez le besoin ou la fantaisie… Mais vous vous sentez également rassurés parce que le site vous en protège : ce dernier vous offre tous les outils nécessaires pour les mettre à distance afin qu’ils ne deviennent pas une nuisance.

L’individu (post)moderne a horreur de la promiscuité. C’est pour cela que son caractère individualiste s’accommode fort bien de technologies comme celle de Facebook.

Facebook est un site dit « communautaire », mais les pratiques sociales dont il est le support sont profondément individualistes. Il consacre le continous partial friendship, une sociabilité optionnelle et sur-mesure.